Le modèle d'Imas étendu : de la crise de demande à la bulle spéculative

Premier draft sur la base du model d'Imas, avec exemples chiffrés, et extension nouvelle vers le scénario de type 1929 développée par G.P. Goldstein

Sommaire
  1. Le modèle d'Imas : deux types d'agents, un multiplicateur qui s'effondre
  2. L'équation des profits de Kalecki
  3. Caballero-Farhi-Gourinchas : la pénurie d'actifs sûrs
  4. Schularick-Taylor : le crédit comme prédicteur de crise
  5. L'extension bulle-krach : quand le scénario modéré devient le plus dangereux

Partie I — Le modèle d'Imas : comment l'IA peut faire baisser le PIB malgré une productivité en hausse

L'intuition de départ — expliquée simplement

Imaginons une économie très simple. Il y a deux types de personnes : les travailleurs et les propriétaires du capital (ceux qui possèdent les machines, les logiciels, les brevets). Quand un travailleur gagne 100 €, il en dépense environ 90 € en courses, loyer, sorties, vêtements. Les 10 € restants sont épargnés. Quand un propriétaire du capital gagne 100 €, il n'en dépense que 20 € — le reste est épargné ou investi dans des actifs financiers. Il est déjà riche, il a déjà tout ce dont il a besoin au quotidien.

Analogie : c'est comme si l'économie était un circuit d'eau. Les travailleurs sont des tuyaux larges — l'argent coule vite à travers eux et revient dans le circuit. Les propriétaires sont des réservoirs — l'argent y entre et y reste en grande partie.

Si l'IA remplace massivement le travail humain, les revenus se déplacent des travailleurs (qui dépensent beaucoup) vers les propriétaires (qui dépensent peu). Résultat : moins d'argent circule dans l'économie. La demande totale chute. Et comme les entreprises ne produisent que ce qu'elles peuvent vendre, le PIB réel baisse — même si les machines pourraient produire beaucoup plus.

Les paramètres de base

Imas utilise un concept central de la macroéconomie : la propension marginale à consommer (PMC, ou MPC en anglais). C'est la fraction de chaque euro supplémentaire de revenu qu'une personne dépense.

Équation 1 — Hiérarchie des propensions marginales à consommer
$$0 \leq \kappa_{1,O} \ll \kappa_{1,Z} \leq 1$$

En mots : la PMC des propriétaires (\(\kappa_{1,O}\)) est très inférieure à celle des travailleurs (\(\kappa_{1,Z}\)). Les études empiriques, notamment celles de Mian, Straub et Sufi (Quarterly Journal of Economics, 2021), estiment que les ménages du décile inférieur de revenus ont une PMC d'environ 0.90 tandis que ceux du décile supérieur ont une PMC d'environ 0.20. Imas retient ces valeurs :

Valeurs numériques retenues par Imas
ParamètreSymboleValeurSource empirique
PMC des travailleurs\(\kappa_{1,Z}\)0.90Mian-Straub-Sufi (2021), Johnson-Parker-Souleles (2006)
PMC des propriétaires\(\kappa_{1,O}\)0.20Carroll et al. (2017), estimation décile supérieur
Part du travail (avant IA)\(s_L\)0.60BLS, FRED — moyenne historique US 1950–2020
Consommation de base (avant IA)\(\kappa_0\)38Calibrage pour PIB = 100

La fonction de production CES — ce que l'économie pourrait produire

Du côté de l'offre, Imas utilise une fonction de production CES (à élasticité de substitution constante), qui décrit combien de biens et services l'économie peut théoriquement fabriquer avec une quantité donnée de travail (\(\ell\)) et de capital (\(k\)) :

Équation 2 — Fonction de production CES
$$Y^{\text{potentiel}} = A\left[\alpha \, \ell^{\,\frac{\eta-1}{\eta}} + (1-\alpha)\, k^{\,\frac{\eta-1}{\eta}}\right]^{\frac{\eta}{\eta-1}}$$

Où : A = productivité globale (le « niveau technologique »), α = poids du travail dans la production (plus α est élevé, plus l'économie dépend du travail humain), η = élasticité de substitution entre travail et capital (si η > 1, les machines remplacent facilement les humains), = quantité de travail, k = quantité de capital.

Quand l'IA arrive, elle fait exploser A (productivité) et effondrer α (le poids du travail). Les machines font ce que les humains faisaient. Le PIB potentiel monte en flèche. Mais ce n'est que ce que l'économie pourrait produire. Ce qu'elle produit réellement dépend de la demande.

Le théorème de Hulten — pourquoi les optimistes ont (partiellement) raison

Avant de montrer pourquoi ça peut mal tourner, Imas explique pourquoi beaucoup d'économistes prédisent un boom. Le théorème de Hulten (1978) dit que le gain de PIB provenant de l'amélioration d'un facteur de production est proportionnel à la part de ce facteur dans les coûts totaux. Si le travail représente 60 % du PIB et que l'IA réduit le coût du travail de moitié, le gain potentiel est de 60 % × 50 % = 30 % du PIB. Ce théorème est vrai — mais seulement si toute la production supplémentaire trouve des acheteurs. C'est précisément ce qu'Imas conteste.

La contrainte de satiété — les humains ne veulent pas tout en quantité infinie

Voici l'hypothèse clé d'Imas, celle qui fait basculer le modèle. Quand les prix baissent vers zéro grâce à l'IA, est-ce que les gens achètent infiniment plus ? Non. Il y a un plafond de consommation. On ne peut pas manger 1 000 repas par jour, ni regarder 500 heures de films. Imas formalise cette idée :

Équation 3 — Contrainte de satiété
$$\text{Quand le prix } P \text{ baisse vers zéro, la consommation maximale reste bornée :}$$ $$\lim_{P \to 0^{+}} \bar{c}(P) = \bar{c} \;<\; \infty$$

En mots : même si les biens deviennent quasi-gratuits, il existe une quantité maximale finie \(\bar{c}\) que les consommateurs désirent. Au-delà, ils sont « rassasiés » — des unités supplémentaires n'ajoutent plus rien à leur bien-être.

Exemple historique concret : le prix de l'éclairage artificiel a été divisé par 40 000 entre 1800 et les années 1990 (Nordhaus, 1996). Pourtant, nous ne consommons pas 40 000 fois plus de lumière. Nous avons atteint un niveau de satiété pour l'éclairage. Le même raisonnement s'applique à beaucoup de biens quand l'IA fait chuter les prix.

La consommation agrégée et le multiplicateur keynésien

On peut maintenant écrire la consommation totale de l'économie. Elle a deux composantes : une partie « de base » qui dépend des prix (les achats que tout le monde fait, même avec peu de revenus), et une partie proportionnelle au revenu, pondérée par les PMC respectives :

Équation 4 — Consommation agrégée
$$C = \kappa_0(P) + \Big[\kappa_{1,Z} \cdot s_L \;+\; \kappa_{1,O} \cdot (1 - s_L)\Big] \cdot Y$$

Le terme entre crochets est la propension marginale à consommer agrégée (PMCA) :

Équation 4bis — PMCA
$$\text{PMCA}(s_L) = \kappa_{1,O} + (\kappa_{1,Z} - \kappa_{1,O}) \cdot s_L$$

Décomposons cette formule. La PMCA est une moyenne pondérée des deux PMC, où le poids est la part du travail \(s_L\). Si \(s_L = 1\) (tout le revenu va aux travailleurs), la PMCA = \(\kappa_{1,Z}\) = 0.90. Si \(s_L = 0\) (tout va aux propriétaires), la PMCA = \(\kappa_{1,O}\) = 0.20. Plus l'IA déplace le revenu des travailleurs vers les propriétaires, plus la PMCA baisse.

En économie, le multiplicateur keynésien nous dit combien de PIB est généré par chaque euro de dépense autonome. Si Y = C (équilibre simplifié sans investissement ni État), on obtient :

Équation 5 — Multiplicateur keynésien et PIB d'équilibre
$$Y^* = \frac{\kappa_0(P)}{1 - \text{PMCA}(s_L)}$$

Analogie : le multiplicateur, c'est comme un écho. Vous criez « 100 € » dans un canyon. Le premier écho renvoie 62 € (car PMCA = 0.62), le deuxième 62 % × 62 € = 38.44 €, etc. La somme totale de tous les échos est 100/(1−0.62) = 263 €. Si la PMCA baisse à 0.24, chaque écho est plus faible, et la somme totale tombe à 100/(1−0.24) = 132 €. Même cri de départ, mais beaucoup moins d'écho.

La condition d'effondrement de la demande

L'IA fait deux choses en même temps : elle baisse les prix P (ce qui augmente \(\kappa_0\), la consommation de base — mais seulement jusqu'au plafond de satiété \(\bar{c}\)), et elle réduit \(s_L\) (la part du travail, ce qui fait baisser la PMCA et donc le multiplicateur). Le PIB baisse si le multiplicateur se contracte plus vite que la consommation de base ne peut augmenter :

Équation 6 — Condition de baisse du PIB après l'IA
$$Y' < Y \quad \Longleftrightarrow \quad \frac{\kappa_0(P')}{\kappa_0(P)} \;<\; \frac{1 - \text{PMCA}(s_L')}{1 - \text{PMCA}(s_L)}$$

En mots : le PIB post-IA (\(Y'\)) est inférieur au PIB pré-IA (\(Y\)) si et seulement si le ratio de la consommation de base (côté gauche) est inférieur au ratio des « fuites » du multiplicateur (côté droit). Le côté gauche mesure combien la baisse des prix stimule la consommation de base. Le côté droit mesure combien le déplacement du revenu vers les propriétaires réduit la recirculation de l'argent dans l'économie.

L'exemple numérique complet d'Imas — scénario extrême

Calcul pas à pas — Avant l'IA
Part du travail\(s_L = 0.60\)
PMCA\(0.20 + 0.70 \times 0.60 = 0.20 + 0.42 = \) 0.62
Multiplicateur\(\frac{1}{1 - 0.62} = \frac{1}{0.38} = \) 2.63
Consommation de base\(\kappa_0 = 38\)
PIB d'équilibre\(Y = 38 \times 2.63 = \) 100
Calcul pas à pas — Après l'IA (scénario extrême d'Imas)
Part du travail effondrée\(s_L' = 0.05\)
PMCA post-IA\(0.20 + 0.70 \times 0.05 = 0.20 + 0.035 = \) 0.235
Nouveau multiplicateur\(\frac{1}{1 - 0.235} = \frac{1}{0.765} = \) 1.307
Consommation de base (prix -30%, satiété)\(\kappa_0(P') \approx 40\)
PIB post-IA\(Y' = 40 \times 1.307 = \) 52.3
Variation du PIB−47.7 %

Vérifions l'équation 6 : côté gauche = \(40/38 = 1.053\). Côté droit = \(0.765/0.38 = 2.013\). Comme \(1.053 < 2.013\), la condition est remplie : le PIB baisse.

L'intuition en une phrase

Les prix ne peuvent baisser que de 5.3 % en termes de stimulus sur la consommation de base (à cause de la satiété), mais le multiplicateur s'effondre de 101 %. L'économie peut produire énormément plus, mais personne n'achète.

L'extension « Piège à stagnation » — avec l'investissement

Dans le monde réel, le PIB ne se résume pas à la consommation. Il y a aussi l'investissement (les entreprises qui achètent des machines, construisent des usines). En ajoutant l'investissement I :

Équation 7 — PIB avec investissement
$$Y = \frac{\kappa_0(P) + I}{1 - \text{PMCA}(s_L)}$$

Quand l'IA transfère le revenu des travailleurs vers les propriétaires, ceux-ci épargnent massivement. L'épargne totale augmente. Pour que cette épargne soit absorbée, l'investissement doit augmenter — ce qui nécessite que les taux d'intérêt baissent suffisamment pour rendre de nouveaux projets rentables. Mais si les taux ne peuvent pas baisser assez (par exemple parce qu'ils sont déjà proches de zéro — c'est la « borne zéro des taux » ou ZLB), l'épargne excédentaire n'est pas absorbée, l'investissement stagne, et le PIB reste déprimé.

Imas calcule que dans son scénario extrême, maintenir le PIB à 100 après l'IA nécessiterait que l'investissement passe de 15 % à plus de 50 % du PIB — un niveau jamais atteint dans aucune économie développée. Le PIB chute donc vers environ 37, pire encore que dans le modèle sans investissement, à cause d'un spirale multiplicateur-accélérateur : moins de demande → moins d'investissement → capital qui s'use sans être remplacé → encore moins de production → encore moins de demande.

• • •

Partie II — L'équation des profits de Kalecki : « Les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent »

L'idée fondamentale

Michał Kalecki, un économiste polonais, a découvert dans les années 1930 (indépendamment de Keynes) une identité comptable profonde : les profits agrégés des entreprises ne dépendent pas de leur efficacité ou de leur talent, mais de leurs propres décisions de dépense. C'est contraire à l'intuition — on pense que les profits viennent des ventes aux consommateurs. Mais au niveau de l'économie entière, c'est une identité comptable incontournable.

Dérivation pas à pas

On part des deux façons de mesurer le PIB :

Identité du PIB — côté dépenses
$$Y = C + I + G + (X - M)$$

Où C = consommation, I = investissement, G = dépenses publiques, X = exportations, M = importations.

Identité du PIB — côté revenus
$$Y = W + P + T$$

Où W = salaires totaux, P = profits totaux, T = impôts nets.

On décompose la consommation en deux : \(C = C_w + C_p\), où \(C_w\) = consommation des travailleurs et \(C_p\) = consommation des capitalistes. On définit l'épargne des travailleurs : \(S_w = W - C_w\), donc \(C_w = W - S_w\).

On égalise les deux expressions du PIB :

$$W + P + T = (W - S_w) + C_p + I + G + (X - M)$$

Les W s'annulent des deux côtés. On réarrange :

Équation de Kalecki — Version complète (économie ouverte avec État)
$$\boxed{P = I + C_p - S_w + (G - T) + (X - M)}$$

Décomposons chaque terme :

Ce que chaque terme signifie
TermeEffet sur PPourquoi
\(I\) — Investissement+L'investissement crée des revenus (salaires de construction, ventes de machines) qui deviennent du chiffre d'affaires pour d'autres entreprises, donc des profits, sans être une charge courante pour l'investisseur (c'est capitalisé au bilan)
\(C_p\) — Consommation des capitalistes+Quand un riche achète un yacht, c'est du revenu pour le constructeur naval — donc du profit quelque part
\(S_w\) — Épargne des travailleursLes salaires sont un coût pour les entreprises. Si les travailleurs épargnent au lieu de dépenser, ces salaires ne reviennent pas comme chiffre d'affaires
\(G - T\) — Déficit public+Un déficit injecte plus d'argent dans l'économie qu'il n'en retire par les impôts
\(X - M\) — Excédent commercial+Les exportations créent des revenus domestiques sans créer de production domestique vendue localement

Si on ajoute une fonction de consommation capitaliste \(C_p = A + q \cdot P\) (où \(q\) est la PMC des capitalistes sur leurs propres profits), on obtient un multiplicateur de profits :

Multiplicateur de profits de Kalecki
$$P = \frac{I + A - S_w + (G-T) + (X-M)}{1 - q}$$

Exemple numérique — calibré sur les États-Unis

Application numérique — Données US approximatives (2019, en trillions $)
Investissement privé (I)3.6
Consommation capitaliste autonome (A)0.5
Épargne des travailleurs (\(S_w\))0.8
Déficit public (G − T)1.0
Déficit commercial (X − M)−0.6
PMC capitaliste sur profits (q)0.20
Profits agrégés\(\frac{3.6 + 0.5 - 0.8 + 1.0 - 0.6}{1 - 0.20} = \frac{3.7}{0.80} = \) 4.625 T$
Le lien avec Imas

L'équation de Kalecki et le modèle d'Imas sont deux faces de la même pièce. Imas montre que le PIB agrégé dépend du multiplicateur keynésien, qui dépend de la PMCA, qui dépend de \(s_L\). Kalecki montre que les profits dépendent des dépenses des capitalistes et de l'investissement. Si l'IA augmente massivement les profits (car elle remplace le travail) mais que les capitalistes n'augmentent pas proportionnellement leur consommation ni leur investissement, alors les profits excédentaires deviennent de l'épargne excédentaire — qui doit aller quelque part. C'est le chaînon vers la Partie III.

• • •

Partie III — Caballero-Farhi-Gourinchas : la pénurie d'actifs sûrs

Le problème : trop d'épargne, pas assez d'endroits sûrs où la placer

Caballero, Farhi et Gourinchas (Ricardo Caballero au MIT, Emmanuel Farhi à Harvard, Pierre-Olivier Gourinchas au FMI) ont publié en 2008 dans l'American Economic Review un modèle qui explique un paradoxe : comment se fait-il que les taux d'intérêt mondiaux baissent alors que la croissance mondiale reste forte ? Leur réponse : les pays en croissance rapide (Chine, pays émergents) produisent beaucoup d'épargne mais peu d'actifs financiers fiables où la placer. Cette épargne inonde alors les pays développés (surtout les États-Unis), faisant baisser les taux.

Le modèle : économie en temps continu avec générations chevauchantes

Dans leur modèle, chaque agent vit de façon continue mais peut « mourir » à chaque instant avec une probabilité \(\theta\) (et un nouvel agent naît pour le remplacer). Chaque agent naît sans richesse et épargne progressivement. La production à chaque instant est \(X_t\), qui croît au taux \(g\). Seule une fraction \(\delta\) de cette production peut être « capitalisée » — transformée en actifs financiers que les épargnants peuvent détenir. \(\delta\) mesure le développement financier du pays.

L'actif disponible dans l'économie est un « arbre » (au sens de l'économie financière de Lucas) qui produit des fruits \(\delta X_t\) à chaque instant. La valeur de cet arbre est :

Équation 8 — Valeur des actifs financiers (l'arbre de Lucas)
$$V_t = \frac{\delta \, X_t}{r - g + \theta}$$

Où \(r\) = taux d'intérêt réel, \(g\) = taux de croissance de la production, \(\theta\) = taux de rotation démographique. Cette formule ressemble à celle d'un prix d'action : la valeur est le flux de dividendes (\(\delta X_t\)) divisé par le « taux d'actualisation net de la croissance » (\(r - g + \theta\)).

La richesse totale des agents (leur épargne accumulée) est :

Équation 9 — Richesse agrégée
$$W_t = \frac{X_t}{\theta}$$

L'équilibre du marché des actifs exige que l'épargne totale soit égale à la valeur totale des actifs disponibles :

Équation 10 — Équilibre du marché des actifs
$$W_t = V_t \quad\Longleftrightarrow\quad \frac{X_t}{\theta} = \frac{\delta \, X_t}{r - g + \theta}$$

On simplifie par \(X_t\) (qui est positif) et on résout pour \(r\) :

Équation 11 — Taux d'intérêt d'équilibre en économie fermée
$$\boxed{r = g + \delta\,\theta}$$

C'est une équation remarquablement simple. Elle dit que le taux d'intérêt réel égale le taux de croissance plus un terme qui dépend du développement financier (\(\delta\)) et du taux de rotation démographique (\(\theta\)). Si \(\delta\) est élevé (pays financièrement développé), il y a beaucoup d'actifs disponibles, les épargnants n'ont pas besoin de se battre pour les obtenir, et le taux d'intérêt reste confortablement au-dessus de \(g\). Si \(\delta\) est faible (pays émergent), les actifs sont rares, les épargnants acceptent des rendements très bas pour placer leur argent, et \(r\) se rapproche de \(g\).

Le cas asymétrique : quand l'épargne des pays émergents inonde les marchés

Dans un monde à deux régions — les États-Unis (« U », \(\delta^U\) élevé) et les pays émergents (« R », \(\delta^R\) faible, croissance \(g^R\) rapide) — le taux d'intérêt mondial converge vers :

Équation 12 — Taux d'intérêt mondial avec déséquilibres
$$r_{\infty} = g + \delta^R\,\theta$$

Quand \(\delta^R \to 0\) (développement financier quasi nul dans les émergents) : \(r_{\infty} \to g\). Le taux d'intérêt mondial tombe au niveau du taux de croissance. L'épargne du monde entier se déverse sur les quelques actifs sûrs disponibles (bons du Trésor américain, immobilier des pays développés), poussant leurs prix à la hausse et leurs rendements à la baisse.

Le « piège à sécurité » (Safety Trap) — Caballero et Farhi (2018)

Dans un article de 2018 (Review of Economic Studies), Caballero et Farhi ajoutent un ingrédient : tous les épargnants ne sont pas identiques face au risque. Une fraction \(\alpha\) est composée d'agents « knightiens » — infiniment averses au risque — qui n'acceptent de détenir que des actifs sûrs (obligations d'État, dépôts garantis). L'autre fraction \((1-\alpha)\) est composée d'agents « neutres » au risque. De plus, seule une fraction \(\rho\) de la valeur des actifs risqués peut être transformée en actifs sûrs (via la titrisation, les garanties étatiques, etc.).

La condition de pénurie d'actifs sûrs est :

Équation 13 — Condition de pénurie d'actifs sûrs
$$\alpha > \rho \, \mu^{-}$$

Où \(\mu^{-}\) est la valeur des actifs en état de récession. Si la demande d'actifs sûrs (\(\alpha\)) dépasse l'offre (\(\rho\mu^{-}\)), le taux d'intérêt sûr naturel \(\bar{r}^s\) devient négatif. Mais les taux nominaux ne peuvent pas descendre en dessous de zéro (c'est la « borne zéro des taux » ou ZLB). L'économie est alors piégée : elle ne peut pas atteindre le plein emploi parce que le taux d'intérêt est trop élevé par rapport à ce que l'équilibre demanderait.

Dans le piège à sécurité, la production est déterminée par l'offre d'actifs sûrs :

Équation 14 — Production dans le piège à sécurité
$$y = \frac{s}{\psi_y} < \bar{y}$$

Où \(s\) = offre d'actifs sûrs et \(\psi_y\) = sensibilité de la demande d'actifs sûrs au niveau de production. Moins il y a d'actifs sûrs, plus la production est déprimée.

Exemple numérique

Application numérique — Taux d'intérêt mondial
Croissance mondiale (\(g\))3 %
Développement financier émergents (\(\delta^R\))0.10
Taux de rotation (\(\theta\))0.05
Taux d'équilibre fermé US\(r = 0.03 + 0.80 \times 0.05 =\) 7.0 %
Taux d'équilibre mondial asymétrique\(r_\infty = 0.03 + 0.10 \times 0.05 =\) 3.5 %
Si \(\delta^R \to 0\)\(r_\infty \to\) 3.0 % (= \(g\))
Le lien avec Imas et Kalecki

Le « piège à stagnation » d'Imas est exactement le piège à sécurité de Caballero-Farhi appliqué au contexte de l'IA. Quand l'IA transfère les revenus vers les propriétaires du capital (Imas), ceux-ci génèrent une épargne excédentaire massive (Kalecki : les profits montent mais la consommation capitaliste ne suit pas). Cette épargne excédentaire cherche des actifs sûrs — mais il n'y en a pas assez (Caballero-Farhi). Le taux d'intérêt naturel tombe sous zéro, et la production est piégée en dessous de son potentiel.

• • •

Partie IV — Schularick-Taylor : ce qui arrive quand l'épargne excédentaire passe par le crédit

La question empirique

Schularick et Taylor (American Economic Review, 2012) ont posé une question simple mais puissante : sur 140 ans de données pour 14 pays développés, quel indicateur prédit le mieux les crises financières ?

La méthode : régression logit sur panel

Leur variable dépendante est binaire : 1 si une crise bancaire majeure éclate dans le pays \(i\) l'année \(t\), 0 sinon. Ils ont identifié 79 crises majeures entre 1870 et 2008. Leur spécification :

Équation 15 — Modèle logit de Schularick-Taylor
$$\text{logit}\big(\Pr[\text{crise}_{it}=1]\big) = b_{0i} + \sum_{j=1}^{5} b_{1j}\,\Delta\!\log\,\text{CREDIT}_{it-j} + \mathbf{b}_2'\,\mathbf{X}_{it} + \varepsilon_{it}$$

Où \(b_{0i}\) = effet fixe pays (chaque pays a son propre « niveau de base » de risque), \(\Delta\!\log\,\text{CREDIT}_{it-j}\) = croissance réelle du crédit les années \(t-1\) à \(t-5\) (5 retards), \(\mathbf{X}_{it}\) = variables de contrôle optionnelles (croissance du PIB, inflation, taux d'intérêt, investissement).

Les résultats clés

Résultats principaux de Schularick-Taylor (2012)
IndicateurValeurSignification
Somme des coefficients de crédit10.02Significatif à 1 % (écart-type ≈ 3.24)
Coefficient dominant (2e retard)7.215La croissance du crédit il y a 2 ans est le signal le plus fort
AUROC0.697Bien au-dessus du hasard (0.50); significatif
Somme des effets marginaux0.301+1 écart-type de croissance du crédit sur 5 ans → +2.1 points de probabilité de crise
Fréquence de base des crises~4 %Le +2.1 pp représente un >50 % d'augmentation du risque relatif

Le résultat le plus frappant : la croissance de la masse monétaire ne prédit plus rien après 1945 — seul le crédit bancaire reste prédictif. C'est la naissance de ce que Schularick et Taylor appellent l'ère du « capitalisme de crédit » (par opposition au « capitalisme monétaire » d'avant-guerre).

L'extension de Jordà-Schularick-Taylor (2015) : toutes les bulles ne se valent pas

Jordà, Schularick et Taylor (Journal of Monetary Economics, 2015) ont étendu l'analyse à 17 pays sur 1870–2013, en distinguant les bulles immobilières des bulles boursières, et les bulles financées par le crédit de celles qui ne le sont pas.

Leur identification des bulles utilise deux critères simultanés : le log du prix réel de l'actif dépasse d'au moins 1 écart-type la tendance filtrée par Hodrick-Prescott, et une baisse d'au moins 15 % du prix survient dans les 3 années suivantes.

Pertes cumulées de production sur 5 ans selon le type de bulle
Type de bullePerte cumulée (pp de PIB)Commentaire
Bulle immobilière + crédit−28.95La plus destructrice — de loin
Bulle boursière + crédit−14.50Sérieuse mais moitié moins
Bulle immobilière sans crédit~−8Manageable
Bulle boursière sans crédit~−4Relativement bénigne
La leçon clé

Ce n'est pas la bulle elle-même qui est dangereuse — c'est la bulle financée par le crédit. L'épargne excédentaire (Kalecki, Caballero-Farhi) n'est qu'une condition nécessaire. La condition suffisante est que cette épargne passe par le système de crédit et génère de l'effet de levier. C'est la différence entre un bidon d'essence (l'épargne excédentaire) et un incendie (la crise financière) : il faut l'allumette du crédit.

• • •

Partie V — L'extension bulle-krach : quand le scénario modéré d'Imas devient le plus dangereux

Le paradoxe central : pourquoi le scénario extrême n'est PAS le pire

Imas rejette son propre scénario extrême (\(s_L\) de 0.60 à 0.05) comme irréaliste, et il a raison. Mais voici le paradoxe : un scénario modéré — la part du travail tombant de 0.60 à 0.42, comparable à ce qui s'est passé dans les années 1920 et à ce que projette le rapport Citrini (56 % → 46 %) — est potentiellement plus dangereux, précisément parce qu'il ne déclenche pas de signal d'alarme visible.

Étape 1 — Recalculer Imas avec la paramétrisation modérée

Calcul pas à pas — Paramétrisation modérée (type 1920s / Citrini)
Part du travail post-IA\(s_L' = 0.42\)
PMCA post-IA\(0.20 + 0.70 \times 0.42 = 0.20 + 0.294 = \) 0.494
Nouveau multiplicateur\(\frac{1}{1 - 0.494} = \frac{1}{0.506} = \) 1.976
Consommation de base (prix -15%)\(\kappa_0(P') \approx 39\)
PIB post-IA (sans bulle)\(Y' = 39 \times 1.976 = \) 77.1
Variation du PIB−22.9 %

Vérification de l'équation 6 : côté gauche = \(39/38 = 1.026\). Côté droit = \(0.506/0.38 = 1.332\). Comme \(1.026 < 1.332\), le PIB baisse — mais « seulement » de 23 %, pas de 48 %. Le problème est sérieux mais pas catastrophique. Pas de panique visible. Pas de réponse politique d'urgence.

Étape 2 — L'épargne excédentaire via Kalecki

Calculons maintenant ce qui se passe du côté de l'épargne. Les propriétaires du capital captent une part croissante du revenu national, mais n'en dépensent que 20 %. Le reste s'accumule.

Équation 16 — Épargne excédentaire des propriétaires
$$S_{\text{excédentaire}} = (1 - s_L') \times Y' \times (1 - \kappa_{1,O})$$
Calcul de l'épargne excédentaire — Avant vs Après IA
Avant IAAprès IA (modéré)
Revenu des propriétaires\((1-0.60) \times 100 = 40\)\((1-0.42) \times 77.1 = 44.7\)
Épargne des propriétaires\(40 \times 0.80 = \) 32\(44.7 \times 0.80 = \) 35.8
Épargne en % du PIB\(32/100 = \) 32 %\(35.8/77.1 = \) 46.4 %

L'épargne des propriétaires passe de 32 % à 46.4 % du PIB. C'est une augmentation de 14.4 points de pourcentage de l'épargne en proportion du PIB. Cet argent doit aller quelque part.

Étape 3 — Le taux d'intérêt via Caballero-Farhi-Gourinchas

Appliquons l'équation 11 au contexte de l'IA. Le développement financier « effectif » \(\delta\) mesure quelle fraction de la production peut absorber l'épargne sous forme d'actifs productifs. Quand l'épargne excédentaire monte en flèche mais que la demande (et donc les opportunités d'investissement productif) stagne, c'est comme si \(\delta\) baissait :

Équation 17 — Taux d'intérêt post-IA
$$r_{\text{post-IA}} = g + \delta_{\text{effectif}}^{\text{post-IA}} \cdot \theta$$
Simulation du taux d'intérêt d'équilibre
Avant IAAprès IA
Croissance (\(g\))3 %2 % (demande affaiblie)
\(\delta_{\text{effectif}}\)0.600.25 (car demande faible → peu de projets rentables)
\(\theta\)0.050.05
\(r\)\(0.03 + 0.60 \times 0.05 = \) 6.0 %\(0.02 + 0.25 \times 0.05 = \) 3.25 %

Le taux d'équilibre chute de 6 % à 3.25 %. Mais si la pénurie d'actifs sûrs est encore plus sévère (condition 13 remplie, \(\alpha > \rho\mu^-\)), le taux sûr naturel tombe sous zéro, et l'économie entre dans le piège à sécurité. C'est exactement le « piège à stagnation » d'Imas.

Étape 4 — L'épargne excédentaire se transforme en bulle via Schularick-Taylor

Voici le chaînon manquant dans le modèle d'Imas. L'épargne excédentaire ne reste pas tranquillement dans un coffre-fort. Les intermédiaires financiers — banques, fonds de private equity, assureurs — la prennent et la multiplient par le levier :

Équation 18 — Du surplus d'épargne à la bulle de crédit
$$\text{Crédit spéculatif} = S_{\text{excédentaire}} \times \lambda \times \phi$$

Où \(\lambda\) = ratio de levier des intermédiaires financiers (combien ils prêtent pour chaque euro de fonds propres) et \(\phi\) = fraction de l'épargne excédentaire qui passe par le système financier (plutôt que d'être thésaurisée en cash).

Calcul de la bulle de crédit
Épargne excédentaire des propriétaires35.8 (sur un PIB de 77.1)
Fraction intermédiée (\(\phi\))0.50 (estimation conservatrice)
Épargne intermédiée\(35.8 \times 0.50 = 17.9\)
Ratio de levier (\(\lambda\))5 (typique du private equity / shadow banking)
Crédit spéculatif total\(17.9 \times 5 = \) 89.5
Crédit en % du PIB\(89.5 / 77.1 = \) 116 %

Un boom de crédit de 116 % du PIB est massif. Schularick-Taylor montrent que la croissance du crédit est le meilleur prédicteur de crise, et Jordà-Schularick-Taylor montrent que les bulles financées par le crédit produisent des pertes cumulatives de près de 29 points de PIB sur 5 ans.

Étape 5 — La fausse prospérité : l'effet richesse masque la faiblesse

Pendant la phase de bulle, les prix des actifs montent. Cela crée un effet richesse : les ménages qui possèdent des actifs (actions, immobilier) se sentent plus riches et dépensent plus, même si leurs revenus salariaux stagnent. On peut formaliser cela en ajoutant un terme à l'équation 5 :

Équation 19 — PIB apparent pendant la bulle
$$Y_{\text{bulle}} = \frac{\kappa_0(P') + \omega \cdot \Delta V_{\text{actifs}}}{1 - \text{PMCA}(s_L')}$$

Où \(\omega\) = propension marginale à consommer sur la richesse financière (estimée empiriquement entre 0.03 et 0.05 par Case, Quigley et Shiller, 2005 — c'est-à-dire que pour chaque 100 € de gain de richesse sur papier, les ménages dépensent 3 à 5 € de plus).

Le PIB apparaît sain pendant la bulle
PIB structurel (sans bulle, Étape 1)77.1
Hausse des actifs (\(\Delta V\))~150 (bulles immobilière et boursière combinées)
Effet richesse (\(\omega = 0.04\))\(0.04 \times 150 = 6.0\)
PIB apparent\(\frac{39 + 6.0}{0.506} = \frac{45}{0.506} = \) 88.9
PIB apparent vs pré-IA−11.1 % (vs −22.9 % structural)

Le PIB ne baisse « que » de 11 % au lieu de 23 %. La récession semble modérée. Les politiques ne s'alarment pas. Les marchés financiers sont euphoriques. C'est exactement la situation de 1925–1929 : la productivité monte, les marchés boursiers s'envolent, l'économie semble prospère — mais sous la surface, les salaires stagnent, la distribution s'aggrave, et tout repose sur une bulle de crédit.

Étape 6 — Le krach : la bulle éclate, le PIB réel s'effondre

Quand la bulle éclate (hausse des taux, défaut de crédit, repricing des valorisations IA — comme le scénario de défaut SaaS que Citrini décrit), les prix des actifs s'effondrent. L'effet richesse disparaît et s'inverse (les ménages paniquent et épargnent davantage). Le crédit se contracte (deleveraging). On se retrouve avec le PIB structurel affaibli plus les dégâts du krach :

Équation 20 — PIB après le krach
$$Y_{\text{krach}} = \frac{\kappa_0(P') - \omega' \cdot |\Delta V_{\text{perte}}| - \Delta I_{\text{contraction}}}{1 - \text{PMCA}(s_L')}$$

Où \(\omega' > \omega\) (l'effet richesse est asymétrique — les pertes réduisent la consommation plus que les gains ne l'augmentent ; Romer, 1990, estime ce coefficient à environ 0.06–0.10) et \(\Delta I_{\text{contraction}}\) = chute de l'investissement due au deleveraging et à la panique.

L'effondrement post-krach
Perte de valeur des actifs−100 (sur 150 de gains; krach de ~67 %)
Effet richesse inversé (\(\omega' = 0.07\))\(-0.07 \times 100 = -7.0\)
Contraction de l'investissement−5.0 (credit crunch)
PIB post-krach\(\frac{39 - 7.0 - 5.0}{0.506} = \frac{27}{0.506} = \) 53.4
Chute totale du PIB vs pré-IA−46.6 %
Le résultat clé : −47 % du PIB — mais par un chemin différent d'Imas

On retrouve presque exactement la même chute de PIB que le scénario extrême d'Imas (−47.7 %), mais par un mécanisme totalement différent. Imas a besoin que la part du travail tombe à 0.05 (quasi-totale automatisation). Notre extension n'a besoin que d'une baisse à 0.42 — un niveau historiquement précédent (années 1920) — combinée à un cycle bulle-krach alimenté par l'épargne excédentaire. Le scénario modéré + bulle produit le même résultat catastrophique que le scénario extrême d'Imas, tout en étant beaucoup plus plausible.

Résumé de la chaîne causale complète

La séquence en 6 maillons

1. L'IA augmente la productivité et réduit \(s_L\) de 0.60 à 0.42 (Imas, Éq. 2 et 4bis)
2. La PMCA chute de 0.62 à 0.494, le multiplicateur de 2.63 à 1.98 (Imas, Éq. 5)
3. Les profits montent, l'épargne capitaliste atteint 46 % du PIB (Kalecki, Éq. de Kalecki)
4. Le taux d'intérêt d'équilibre chute; pénurie d'actifs sûrs (CFG, Éq. 11–14)
5. L'épargne se transforme en crédit spéculatif à 116 % du PIB (Éq. 18); effet richesse masque la faiblesse (Éq. 19)
6. Le krach révèle la fragilité structurelle; PIB → −47 % (Éq. 20; Schularick-Taylor)

Cette séquence est la reproduction presque exacte de ce qui s'est passé entre 1920 et 1929 aux États-Unis. La productivité manufacturière a bondi de 5.4 % par an. Les salaires n'ont pas suivi. Le top 1 % a capté 23.9 % du revenu national. L'épargne excédentaire a alimenté des prêts sur marge (broker loans quadruplant de 1 à 4 milliards de dollars). La Bourse a explosé. Le PIB semblait sain. Puis le krach de 1929 a révélé la fragilité structurelle, et la Grande Dépression a suivi.

L'apport de ce cadre étendu est de montrer que le scénario catastrophe ne nécessite pas les conditions extrêmes qu'Imas identifie comme irréalistes (satiété totale, aucun nouveau bien, aucune politique fiscale, quasi-totale automatisation). Il suffit d'une redistribution modérée mais soutenue des revenus vers le capital, combinée à un système financier qui transforme l'épargne excédentaire en crédit spéculatif — un mécanisme que l'état actuel des marchés de private credit, de private equity et d'assurance-vie rend tout à fait plausible.